« Les langues finiront » (1 Co 13,8)
Langues minorisées : une approche théologique
Mémoire de master, Faculté de théologie, Université de Genève, février 2023. Direction : prof. Christophe Chalamet. Expert : prof. Patrick Sauzet (Université Toulouse-Jean Jaurès).
La théologie protestante se méfie traditionnellement de la théologie naturelle, c’est-à-dire de l’idée que l’on pourrait connaître Dieu simplement en observant le monde. Elle privilégie la Parole par laquelle Dieu se révèle et s’adresse aux êtres humains. Mais cette Parole est parfois pensée comme si elle pouvait exister indépendamment des langues dans lesquelles elle est exprimée. Un paradoxe pour une théologie qui ne doit jamais oublier que Dieu s’est fait homme, entrant ainsi dans notre histoire et notre réalité concrète. Que signifie alors, pour la théologie, que la Parole de Dieu nous parvienne toujours à travers des langues humaines ?
Le mémoire revient sur deux grands récits bibliques : Babel, où les êtres humains cessent de parler une même langue, et la Pentecôte, où chacun entend annoncer les merveilles de Dieu dans sa propre langue. Loin de voir dans la diversité linguistique une punition ou un obstacle à surmonter, il propose d’y reconnaître l’expression d’un Dieu qui crée, entre en relation et fait sans cesse surgir du nouveau.
À partir du cas des langues minorisées, l’auteur développe sa réflexion autour de trois grandes questions théologiques : la Trinité, l’universel et le prochain.
À un universalisme qui tend à effacer les différences, il oppose une catholicité pensée comme communion, où la variation retrouve sa place de principe créateur, plutôt que de signe d’imperfection. Cette réflexion rejoint également les questions du pluralisme religieux et du dialogue.
Le mémoire s’achève sur une réflexion autour de l’espérance chrétienne : si les langues doivent finir, rien ne nous autorise à les considérer comme déjà perdues. Il ne s’agit pas tant de les sauver que de rencontrer ceux qui les parlent, dans leur langue et leur culture, et d’accepter que cette rencontre nous transforme. La réflexion rejoint ainsi son point de départ : renoncer à chercher Dieu dans le monde indépendamment de sa révélation ne signifie pas se détourner du monde. La Parole nous invite au contraire à nous laisser interpeller par ceux que nous rencontrons.