Endevenéncia de la lucha

On peut saisir, à partir de là, les traits propres au sens historique, tel que Nietzsche l’entend, et qui oppose à l’histoire traditionnelle la wirkliche Historie. Celle-ci intervertit le rapport établi d’ordinaire entre l’irruption de l’événement et la nécessité continue. Il y a toute une tradition de l’histoire (théologique ou rationaliste) qui tend à dissoudre l’événement singulier dans une continuité idéale – mouvement téléologique ou enchaînement naturel. L’histoire «effective» fait resurgir l’événement dans ce qu’il peut avoir d’unique et d’aigu. Événement : il faut entendre par là non pas une décision, un traité, un règne, ou une bataille, mais un rapport de forces qui s’inverse, un pouvoir confisqué, un vocabulaire repris et retourné contre ses utilisateurs, une domination qui s’affaiblit, se détend, s’empoisonne elle-même, une autre qui fait son entrée, masquée. Les forces qui sont en jeu dans l’histoire n’obéissent ni à une destination ni à une mécanique, mais bien au hasard de la lutte.

« Nietzsche, la généalogie, l’histoire », Hommage à Jean Hyppolite (1971), Dits et écrits I, Paris, Quarto Gallimard, 2001, p. 1004

Chas si dens son autre

« La libertat consistís a èsser chas si dens son Autre […]. La libertat es sonque aquí que i a pas per ieu cap Autre que non siasqui ieu meteis.

HEGEL, Encyclopédie des Sciences Philosophiques, I. La science de la logique, § 24 addition, trad. B. Bourgeois, Paris, Vrin, 1970, p 477.

Die Freiheit ist eben dies, in seinem Anderen bei sich selbst zu sein […]. Freiheit ist nur da, wo kein Anderes für mich ist, das ich nicht selbst bin.

HEGEL, Enzyklopädie der philosophischen Wissenschaften im Grundrisse. Erster Teil. Die Wissenschaft der Logik, § 24, Zusatz 2